Pierre Poncet, chrétien orthodoxe

Je suis né, ai été élevé, ai vécu et vis encore dans une famille, un entourage et un milieu athées plutôt anticléricaux, pendant très longtemps je ne me suis jamais posé la question de Dieu, j'étais congénitalement athée et après l'adolescence je me suis stabilisé dans le marxisme.

Il y a une dizaine d'années, une sorte de coïncidence :
Presque simultanément je rencontre mon frère de sang perdu de vue depuis 20 ans qui me parle ésotérisme et christianisme, je rencontre des Témoins de Jéhovah qui me parlent de Bible, je rencontre aussi une édition de la traduction du livre de la Genèse et de l'évangile de saint Matthieu par André Chouraqui ainsi qu'un bouquin polémique anti-saint Paul de Baigent et Leigh relatif aux rouleaux de la Mer Morte, et je me dis "Tiens je vais clouer le bec à mon frère et aux Témoins de Jéhovah, car je ne suis pas plus bête qu'un autre je vais leur montrer leurs incohérences et leurs absurdités, puisque c'est incohérent et absurde". Je m'abonne même à une revue d'exégèse athée qui poursuit un but analogue.

Je n'ai pas beaucoup revu mon frère, je n'ai jamais été sensible aux arguments des TdJ (ou alors en négatif...) mais la Genèse me séduit et saint Matthieu me touche tandis que mes exégètes athées me cassent les pieds. Je suis vite devenu comme amoureux de ce Jésus, j'ai eu vite le sentiment que c'était la Vérité mais... car il y avait à cette époque un gros mais : je ne pouvais absolument pas croire en Dieu, c'était impossible c'était trop absurde, c'était bon pour les naïfs et les idiots.

Alors j'ai lu des revues et des bouquins chrétiens dans l'espoir d'un déclic, d'un argument massue qui ferait tomber mes réticences. Au fil de ces lectures j'ai pu me faire une petite idée du Protestantisme et une plus grosse idée du Catholicisme et j'ai su que je ne serais ni protestant ni catholique dans l'hypothèse où je croirais un jour en Dieu. Ce n'était pas forcément du point de vue doctrinal mais le courant ne passait pas, je n'étais pas à mon aise...

Sans perspectives ecclésiales, j'ai connu la tentation du "fondamentalisme personnel" qui consiste à dire : "ils sont tous dans l'erreur mais moi je vais revenir aux sources, moi je vais jeter un regard vraiment neuf sans a priori et je serais plus fort que tous les autres !" Cela m'a incité à me rapprocher du judaïsme, du Talmud, du Zohar... Merveilleux Zohar, merveilleux mais j'ai eu le sentiment que c'était une impasse (ou une voie infinie...) et qu'il me fallait non pas retourner aux sources mais à la Source : Jésus.

Alors, beaucoup d'Évangile, et pas trop de saint Paul que je trouvais vraiment indigeste. Mais toujours pas de foi en Dieu, seulement la foi en Jésus-Christ. Cela ne m'empêchait pas de me composer une petite théologie personnelle plutôt fondamentaliste, notamment en ce qui concerne le baptême, l'eucharistie, les défunts, etc. A cette époque, je suis presque prêt à me dire chrétien sans église mais il me manque toujours l'essentiel : la foi en Dieu.

Comment sortir de là ? Je songe à prier, prier le seul que je peux prier, c'est à dire Jésus Christ. Et "justement" je tombe sur un petit bouquin orthodoxe sur la "prière du Coeur" (pour simplifier à outrance, elle consiste à prier sans cesse "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur"), ce bouquin aurait dû me faire hurler de rire, tout au contraire il me surprend et m'incite à explorer le continent totalement oublié qui est l'orthodoxie et à prier, prier...

Mes prières se remplissent doucement d'évidence, mes lectures se font de plus en plus orthodoxes, les autres m'ennuient ou me font sourire... et tout ce que je lis d'orthodoxe résout des difficultés, simplifie, et m'apporte une paix. Il devient évident qu'il faudra bien qu'un jour je rencontre un vrai orthodoxe... pas facile à trouver dans mon quartier...

Plusieurs mois après, un contact téléphonique me suggère "viens et vois !"... et pour la première fois de ma vie, j'assisterais volontairement à un office religieux, c'est même un baptême... deux ans et demi plus tard j'étais moi-même baptisé au même endroit.

Deux ans et demi, mais de belles prières qui débordent d'évidence...

Voilà...

Je suis donc un jeune chrétien orthodoxe de bientôt 49 ans.


Voici comment je vis avec l'évangile dans l'Église Orthodoxe.

Tout d'abord le problème du salut personnel est un problème règlé par Dieu indépendamment de mes oeuvres, donc j'ai un rapport très détendu à l'évangile.

En revanche, j'entretiens une relation d'amour avec le Christ, un amour un peu fou qui m'incite à rechercher ses traces, sa présence, son parfum, sa voix, son sourire, sa silhouette partout.

Alors la présence réelle du Christ je la ressens intimement à mille occasions, mais jamais systématiquement, il n'y a pas de recette ni de dogme ni de certificat de garantie...
Souvent dans la prière, souvent dans l'icône, souvent dans mes larmes, très souvent dans le pauvre, le malheureux, l'enfant, très souvent dans l'eucharistie...
Vous noterez que je distingue habilement Christ et présence du Christ...

Que dire de ce "souvent" ? c'est que parfois je suis distrait, parfois mon coeur est sec, parfois je suis aveuglé par mon moi, etc.

Et, en revanche, parfois Il est là pour moi.
Il n'est pas là chaque fois que j'ouvre la Bible, mon sentiment intime de Sa présence coïncide avec le moment où je comprends la Bible, ou plus exactement le moment où ce que je comprends me rentre dans le coeur et non pas dans le cerveau, c'est à dire le moment où j'entends Sa voix en dépit de ces pauvres traductions, en dépit de mon pauvre entendement. Comme vous pouvez l'imaginez ce n'est pas toujours...

Hormis ces petits miracles de "compréhension" il y a autre chose : je suis amoureux du Christ, alors comme n'importe quel amoureux je m'efforce de multiplier les occasions que l'on me raconte mon bien-aimé, et si j'ouvre la Bible c'est pour qu'on me raconte le Christ, même si je ne comprends pas je me laisse emporter...

Suis-je sauvé par l'évangile ?
Mon expérience est que j'ai lu l'évangile et la Genèse à 20 ans et qu'il a fallu vingt ans de plus pour que Dieu trouve la faille de mon coeur. Ai-je été sensible à l'idée de salut, de rançon, de sacrifice expiatoire, de rédemption, de ceci et de cela, pas du tout, je crois que je n'y accorde encore aujourd'hui que peu d'importance, j'ai été apprivoisé par un homme nommé Jésus.
Un homme m'a révélé le Père, un homme m'a fait accepter l'inacceptable à savoir l'existence de Dieu, un homme m'a parlé entre les lignes de son évangile.

Je suis sauvé parce que Dieu m'a sauvé.
Grâce à Lui maintenant je peux espérer comprendre un peu de quelle bonne nouvelle il s'agit.
Je ne peux pas comprendre si Dieu ne m'a donné la compréhension, je ne peux pas répondre en toute connaissance de cause à Son appel si Dieu ne m'a pas tout expliqué.
A présent, dans cette relation personnelle avec Dieu je peux le retrouver dans la Bible, je ne m'en prive pas.

L'Église que je me figure n'est pas un club de sauvés mais un rendez-vous d'amoureux fous qui veulent partager ce qu'ils ont de plus cher. Le Christ nous l'a promis, Il est présent, à charge pour nous de profiter pleinement de Sa présence. Une micro-seconde de communion avec le Christ est déjà une éternité complète.

S'agit-il d'une relation labellisée "orthodoxe" pur jus, je ne sais pas, je ne suis pas un fanatique de la taxonomie.

votre frère Pierre Poncet










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