Histoire des Témoins de Jéhovah



- Joseph Franklin Rutherford,
ancien président des Témoins de Jéhovah
L'histoire des Témoins de Jéhovah a commencé dans les années 1870 lorsque Charles Taze Russell a commencé à diriger un groupe d'étude de la Bible à Pittsburgh, en Pennsylvanie. À l'origine désignés sous le nom d'« Étudiants de la Bible », les Témoins ont connu un schisme important en 1917 alors que Joseph Franklin Rutherford débutait sa présidence du mouvement. Rutherford, qui avait annoncé 1925 comme la date d'Har-Maguédôn, a donné une nouvelle direction au mouvement et a créé le nom de « Témoins de Jéhovah » en 1931.

Après sa mort, Nathan Homer Knorr a assuré la présidence de la Société Watchtower, organisation qui supervise les activités des Témoins de Jéhovah. Plus tard, 1975 a été annoncé comme la date possible pour Har-Maguédôn. Depuis 1976, la direction du mouvement est assurée par un corps régissant appelé Collège Central.
Les débuts avec Russell, de 1870 à 1916


Élevé dans une famille presbytérienne, Charles Taze Russell avait presque perdu sa foi jusqu'à ce qu'il ait rencontré le prêcheur Adventiste chrétien Jonas Wendell (un des héritiers spirituels du Millerisme) en 1870. Sa foi ravivée, Russell a organisé un groupe d'étude de la Bible à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Les ministres Adventistes George Storrs (éditeur de la revue Bible Examiner) et George Stetson (pasteur de l'Église chrétienne de l'avènement d'Edinboro), se sont révélés être des influences puissantes dès les premiers temps de leur collaboration et c'est auprès d'eux qu'il puisa son inspiration millénariste. Par exemple, George Storrs était un ardent défenseur de la croyance selon laquelle l'âme est mortelle et l'immortalité un don que recevraient les chrétiens fidèles ; il pensait aussi que l'enfer de feu n'existe pas et a publié notamment le livre Six sermons (200 000 exemplaires) résumant sa vision théologique. Joseph Seiss, pasteur méthodiste inspira également Russell.

En janvier 1876, ce dernier a rencontré Nelson H. Barbour qu'il a d'abord connu par le moyen du périodique adventiste que celui-ci éditait à l'époque. Russell a adopté plus tard la chronologie biblique de Barbour, qui elle-même avait été à l'origine éditée par Christopher Bowen en 1861. Barbour, tout comme Wendell, avait prévu un retour du Christ pour 1873, et quand cela a échoué, il a reporté la prévision à 1874. Convaincu de cet enseignement, Russell a décidé d'entreprendre dès lors une campagne de prédication. Une fois la date atteinte, il a déclaré que le Christ était bien revenu en 1874, mais l'avait fait de manière invisible. Il a en outre apporté une aide financière à Barbour et est devenu le co-rédacteur du magazine de celui-ci, Herald of the morning (Le héraut du matin). En 1877, Russell a fait paraître la brochure The Object and the Manner of our Lord's return consacrée au retour du Christ, et avec Barbour il a publié conjointement le livre The Three Worlds (Les Trois Mondes), un ouvrage traitant principalement du rétablissement et des prophéties basées sur la chronologie biblique. Ils ont différé de la plupart des adeptes du second Adventisme en ce qu'ils ont enseigné qu'Adam aurait une nouvelle chance de vivre dans une terre paradisiaque.

Toutefois, dans le numéro d'août 1878 du Hérald of the morning, Barbour a écrit un article dans lequel il a affirmé que la mort du Christ n'avait pas de valeur substitutive. Estimant que cela revenait à nier la doctrine de la rançon, Russell a ensuite publié des articles dans ce magazine qui défendaient cet enseignement. Suite à ce désaccord persistant, il s'est finalement dissocié d'avec Barbour en juillet 1879 et a rapidement commencé à éditer son propre magazine, Zion's Watch Tower and Herald of Christ's Presence (Le Phare de la Tour de Sion et Messager de la Présence de Christ), aujourd'hui connu sous le nom de La Tour de garde, et dont le premier numéro a été tiré à 6 000 exemplaires. Il a maintenu l'enseignement de Barbour selon lequel le « temps de fin » avait commencé en 1799 et le Christ était revenu invisiblement en 1874. L'année 1878 est alors devenue la date du couronnement du Christ comme roi dans les cieux, de la résurrection des oints, et du jugement de Dieu de la chrétienté, et 1914 a été annoncée comme date de fin d'une période de moisson qui aboutirait à Har-Maguédôn.

Doctrine des « Étudiants de la Bible »


Suite à leur examen analytique de la Bible, le pasteur Russell ainsi que d'autres Étudiants de la Bible en sont venus à croire que la foi et les traditions chrétiennes contenaient d'importantes erreurs, et qu'il fallait désormais rétablir le véritable christianisme tel qu'il était enseigné et pratiqué au Ier siècle. Ils estimaient toutefois que leurs croyances n'étaient ni nouvelles, ni personnelles, mais celles de Christ, bien que leurs idées aient souvent été perçues comme étant des hérésies par beaucoup de chefs et disciples des Églises d'alors. Le pasteur Russell était d'accord avec d'autres confessions issues du protestantisme sur la supériorité de la Bible, ainsi que la justification par la foi seule, mais a estimé que des erreurs avaient été présentées dans leur interprétation. Il était d'accord avec beaucoup de protestants du XIXe siècle, y compris Millerites, dans le concept d'une grande apostasie qui aurait commencé à la fin du Ier siècle, ainsi que dans la croyance dans l'avènement imminent du Christ, et de la venue d'Har-Maguédôn. Les domaines dans lesquels ses interprétations scripturales ont différé de ceux des catholiques et de beaucoup de protestants concernent notamment :
  • * L'enfer de feu, qui a été rejeté. Russell a maintenu qu'il y avait une résurrection céleste de 144 000 membres oints et des membres de la « grande foule » (selon Révélation 7:9-17) en tant que classe céleste secondaire, et que le reste de l'humanité, dormirait dans la mort, attendant une résurrection terrestre.
  • * La Trinité, telle qu'elle était habituellement présentée. Russell croyait en la divinité de Jésus Christ, mais a différé de l'orthodoxie en enseignant que Jésus avait reçu cette divinité comme cadeau de son Père céleste, après sa mort sur la croix. Il a également enseigné que l'esprit saint n'est pas une personne, mais la manifestation de la puissance de Dieu.

  • * Russell a calculé que 1874 était l'année de l'avènement du Christ, et a enseigné jusqu'à sa mort que celui-ci était invisiblement présent, et régnant des cieux de cette date. Il a prédit que la période connue sous le nom de « Temps des Gentils » (selon Luc 21:24) finirait en 1914 et qu'à cette date la bataille d'Har-maguédon aurait lieu et Christ prendrait la direction des affaires terrestre. Il a par la suite interprété la manifestation de la Première Guerre mondiale comme étant le commencement d'Har-Maguédôn qui serait marqué par une détérioration progressive de la société civilisée, ainsi qu'une attaque multinationale à son apogée sur Israël reconstitué accompagné d'une anarchie mondiale. En ce qui concerne 1914, Russell et d'autres Étudiants de la Bible espéraient à cette date être emportés dans les cieux afin de régner avec Christ]
  • * Il a rejeté la chronologie commune de la Bible pour calculer les 6 000 ans remontant à la création d'Adam aboutissant à l'année 1874, année où selon lui le Christ est revenu invisiblement.
  • * Russell a soutenu sa chronologie en utilisant la pyramidologie. En effet, il a cru que la grande pyramide de Giza a été construite par Mélchisédek (identifiant les habitants de Salem aux Hyksos) sous la direction de Dieu, afin d'être comprise uniquement à l'époque de Russell. À propos de la pyramide en question, il a employé l'expression anglaise « the Bible in stone » (« la Bible dans la pierre »). En se basant sur certains textes bibliques, tels qu'Isaïe 19:19,20 et d'autres, les divers sections du monument ont été interprétés comme étant des symboles de la chute de l'homme, de la constitution de la loi mosaïque, de la mort du Christ, et de la résurrection des oints aux cieux. Des calculs ont été effectués en utilisant le modèle d'un pouce pyramidal représentant une année. Des dates telles que 1874, 1914 et 1948 ont été découvertes suite à l'étude de ce monument. Par exemple, 1874 a été trouvée à partir d'une mesure de 3 416 pouces de pyramide, mesure qui a été mise à jour en 1910 à 3 457 pouces à désigner 1915. L'idée que la grande pyramide constituait un modèle prophétique de la chronologie biblique a été soutenue jusqu'en 1928
Russell était un l'un des premiers prédicateurs chrétiens favorisant ce qui plus tard s'est nommé sionisme. Empruntant une idée promue par Nelson Barbour, il a enseigné dès 1879 que la faveur de Dieu avait été reconstituée aux juifs à partir de 1878 comme résultat d'un « double » prophétique. En 1910, il a conduit une réunion au célèbre théâtre de l'hippodrome de New York, avec des milliers de juifs présents dans l'auditoire. Enseignant le fait que les juifs ne devraient pas se convertir au christianisme, Russell a également soutenu que la terre de la Palestine appartenait au peuple Juif et qu'à présent Dieu les appelait à nouveau sur leur terre, qui serait la capitale du Royaume terrestre de Dieu. Très tôt, Russell a cru que les juifs s'assembleraient en Palestine et formeraient leur propre nation d'ici 1910, mais ceci ne s'est pas réalisé.

Organisation et édition


Russell est devenu célèbre en tant que 'pasteur', et en 1881 il a formé une personne morale qui s'est développée en association à but non lucratif : La Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania (W. Conley en fut le premier président), celle-ci restant aujourd'hui encore l'entité juridique centrale du mouvement. En 1884, Russell en est devenu le président. Au départ, le siège de l'organisation se trouvait à Pittsburgh, 101 Cinquième avenue, puis à Allegheny, 44 Federal street, et à partir de 1889, à Allegheny toujours, mais au 56-60 Arch street, où le bâtiment à quatre étages a été nommé Maison de la Bible. En 1908, les locaux ont été transférés au 'Béthel de Plymouth' (centre appartenant auparavant à l'Église congrégationaliste) à Brooklyn, au 13-17 Hicks street, qui a été rénové et renommé Tabernacle de Brooklyn. Une maison de quatre étages a été également achetée à Brooklyn, 124 Columbia Heights, afin de loger des représentants et des volontaires de la Société Watchtower (demeure agrandie par la suite par l'acquisition de bâtiments attenants). Cette maison a été baptisée Béthel (Maison de Dieu).

Le pasteur a également entrepris à cette période des voyages dans plusieurs États des États-Unis (Pennsylvanie, New Jersey, New York, Ohio, Massachusetts, Michigan) dans le but de réunir les lecteurs de La Tour de garde entre eux, qui ne se connaissaient pas jusqu'alors, ceci ayant permis ensuite la formation de plusieurs congrégations et l'institution de réunions hebdomadaires. Russell a également poussé ses lecteurs à être prédicateurs, notamment en diffusant auprès du public des tracts baptisés d'abord Bible students' tract, puis Old theology quarterly. Les fidèles de l'organisation ont été encouragés à quitter leur Église si celle-ci était corrompue et attachée au monde. Dès 1886, l'invitation à la commémoration du Mémorial a figurée dans La Tour de garde et dès la fin des années 1890, des assemblées d'une semaine ont commencé à être organisées en différents endroits chez des membres.

En quelques années, plusieurs millions de copies de la Zion's Watch Tower and Herald of Christ's Presence ont été distribués dans plusieurs langues pour proclamer la présence du Christ et l'aube du millénium. De plus, le pasteur a rédigé en six volumes des manuels servant à l'étude de la Bible, appelé à l'origine Millennial Dawn (Aurore du Millénium), mais retitré Studies in the Scriptures (Études dans les Écritures) dès octobre 1904, qui ont regroupé les doctrines fondamentales résultant de ses dix années d'étude de la Bible pendant les années 1870. De ce fait, les Étudiants de la Bible se sont parfois appelés 'Millennial Dawnists' ('Auroristes du Millénuim'). Une intense campagne d'évangélisation a été entreprise par le moyen de la presse : en effet, Russell télégraphiait chaque semaine un sermon à un service de presse qui le retransmettait à des journaux américains et européens. De ce fait, en 1913, ces sermons auraient atteint 15 millions de personnes par l'intermédiaire de 2 000 journaux.

En 1907, Russell a prédit qu'Har-Maguédôn surviendrait durant l'année 1914. En 1914, il a fondé l'Association internationale des étudiants de la Bible en Grande-Bretagne. À partir de janvier de cette année-là, les Étudiants de la Bible ont commencé des représentations publiques du Photo-drame de la création , une projection combinée d'un film et de vues fixes synchronisée avec le son, et couvrant l'histoire de la Bible depuis la création jusqu'à la fin du Millénium. Comme il y eut 80 représentations données quotidiennement dans différentes villes grâce à plus de 20 jeux du Photo-drame de la Création en quatre parties, l'assistance en 1914 s'est élevée en tout à plus de neuf millions de personnes. Il y eut aussi l'Eurêka-Drame, moins connu, qui comprenait les disques (discours et musique) et parfois les vues fixes.

Russell décéda le 31 octobre 1916 dans un train à Pampa au Texas, à l'âge de 64 ans, lors d'une tournée transnationale de discours. Pendant les dix années suivantes, le pasteur a continué à être regardé par ses fidèles comme étant le « messager de Laodicée » et l' « esclave fidèle et avisé ».

La radicalisation avec Rutherford, de 1916 à 1942


Selon les dernières volontés et le testament de Russell, un Comité de rédaction de cinq membres a été mis en place afin de diriger la rédaction du magazine La Tour de garde après la mort du pasteur le 31 octobre 1916. Un Comité directeur de trois membres a été désigné par le Conseil d'aministration. Le 6 janvier 1917 lors de l'assemblée générale annuelle de la Société Watchtower, Joseph Franklin Rutherford (également connu sous le nom de « juge Rutherford ») a été élu deuxième président de la Société Watchtower, tandis que Pierson a été nommé vice-président et Van Amburgh secrétaire-trésorier. Lors de la même réunion, de nouveaux règlements renforçant l'autorité du président sont entrés en vigueur. Au départ, le Conseil d'administration de la Société Watchtower s'est opposé à ce changement, mais dans le même temps, les associés les plus proches de Rutherford s'y étaient préparés. Dans la première des deux brochures Harvest Siftings qu'il a écrit, Rutherford cite le nouveau règlement : « Le président sera toujours le dirigeant exécutif de la Société et le directeur général ». La version du conflit des quatre directeurs a été éditée dans Light after darkness et Facts for shareholders. Le 20 juin 1917, une réunion des membres du Conseil d'administration réunis au complet a ajourné d'un mois une proposition visant à faire revenir le contrôle de la Société au Conseil. Une réunion impromptue du Conseil, alors que Rutherford était parti des sièges sociaux, fut interrompue par la police. Les choses ont atteint leur summum le 17 juillet 1917 quand le livre Le Mystère accompli a été édité, livre qui avait été préparé sans consultation du Conseil, et dans la violation des dernières volontés et du testament de Russell ; il a toutefois été considéré comme le septième et dernier volume des Études dans les Écritures. Dans le même temps, Rutherford a annoncé qu'il congédiait les quatre directeurs du Conseil d'administration au motif que leur élection n'avait pas respecté les règlements de la Société et les remplaçait par de nouveaux membres. La réaction était comme si une « bombe avait éclaté ! ». Rutherford a réclamé un vote démocratique parmi la communauté des Étudiants de la Bible, la majorité d'entre eux ayant soutenu son administration. Le samedi 4 janvier 1919, l'assemblée générale annuelle de la Société Watchtower a décidé de réélire Joseph Rutherford président et William Van Amburgh secrétaire-trésorier, et d'élire Charles Wise vice-président.

Malgré tout, une dissension et un schisme importants se sont produits dans les congrégations. Certains qui étaient en désaccord avec les changements institués par Rutherford ont quitté l'organisation et sont devenus connus en tant qu'Étudiants associés de la Bible, ou simplement Étudiants de la Bible. En 1918, l'Institut pastoral de la Bible a été fondé et a commencé à éditer The Herald of Christ's Kingdom. Par ailleurs, à cette époque, Alexandre Fryetag, ancien dirigeant de la filiale suisse de l'Église, se dissocie et fonde le mouvement des Amis de l'homme. De son côté, la Société Watchtower fait de nouvelles prédictions concernant 1918 (la destruction de toutes les Églises) et 1920 (la fin de toutes les républiques).

Incarcération des dirigeants


En Amérique, c'est avec Le Mystère Accompli, tiré à 850 000 exemplaires en tout fin 1917, qu'un véritable conflit éclata. Ce livre accusait violemment la hiérarchie catholique, d'incarner l'Antéchrist et de mériter la destruction en 1918 avec toutes les nations chrétiennes. Ces allégations choquèrent nombre de catholiques canadiens qui obtinrent l'interdiction du livre sur le sol canadien, puis, par sa diffusion en grand nombre, attira l'attention du gouvernement des États-Unis, venant d'entrer dans le conflit mondial, en raison de certains passages condamnant la guerre, le patriotisme et la conscription. En 1918, la Société Watchtower a publié trois tracts baptisés Nouvelles du Royaume destinés au public qui contenaient une puissante dénonciation du clergé, accusé notamment d'intolérance religieuse[52]. Les administateurs de la Société Watchtower en 1918



De gauche à droite : W. E. Van Amburgh, J.F. Rutherford, A. H. Macmillan, R. J. Martin, F. H. Robinson, C. J. Woodworth, G. H. Fisher, G. De Cecca

Rutherford et les sept administrateurs de la Société Watchtower furent alors arrêtés à la prison fédérale d'Atlanta et condamnés en 1918 pour avoir écrit, édité et diffusé Le Mystère accompli et avoir incité les membres du mouvement à refuser non seulement de prendre les armes, mais aussi le service non-combattant et ce malgré leur revirement soudain, ayant appelé à prier pour la victoire des États-Unis dans La Tour de garde et affirmant avoir soutenu le gouvernement américain en ayant acheté des bons du trésor servant à financer la guerre américaine. Entre temps, en plus d'appels en direction des grands journaux, des sénateurs, des gouverneurs et des membres du Congrès américain pour leur demander d'intervenir en faveur des prisonniers, les fidèles de la Société Watchtower ont organisé en mars 1919 une pétition demandant au président Woodrow Wilson une amnistie, une libération inconditionnelle ou une libération sous caution en attendant le procès ; cette pétition a reçu 700 000 signatures en deux semaines. En mars 1919, les huit prisonniers furent néanmoins libérés sous caution d'un montant de 10 000 $ chacun, puis suite au constat de plusieurs irrégularités dans le procès, le jugement fut cassé en attente d'un nouveau procès. Le 5 mai 1920, le procureur du gouvernement annonça en audience publique l'annulation des poursuites suivant la procédure nolle prosequi. Le dimanche 4 mai suivant, Rutherford a prononcé à Los Angeles un discours intitulé "Un espoir pour l'humanité affligée" qui a réuni environ 3 500 personnes.

Pendant l'incarcération des sept administrateurs, le Comité directeur de la Société Watchtower a décidé de vendre le Tabernacle de Brooklyn et le siège de celle-ci a été transféré dans un bâtiment de bureaux échelonné sur deux rues, à Pittsburgh (Federal street et Reliance street).

Nouvelles attentes pour 1925 et 1929


Une fois libéré de prison, Rutherford a activé les Étudiants de la Bible pour prêcher, par exemple au moyen de ses discours lors d'assemblées tenues à Cedar Point, dans l'Ohio, notamment du 1er au 8 septembre 1919 et du 5 au 13 septembre 1922. Il a inauguré le magazine L'Âge d'or (Réveillez-vous ! maintenant) en 1919 et a mis l'accent sur la nécessité de prêcher en porte à porte à partir de 1922. Des campagnes de distribution du livre de Rutherford, Des millions de personnes actuellement vivantes ne mourront jamais, ont été organisées, prévoyant la « fin des temps » pour 1925. Les nombreux écrits du président de la Société Watchtower ont été distribués par millions grâce à la prédication zélée des fidèles de l'Église. Les phonographes portatifs, les défilés d'hommes-sandwichs et les émissions par radio étaient quelques-unes des méthodes utilisées alors dans le cadre de la prédication. À partir de 1927, les fidèles ont été encouragés à participer à la prédication de groupe particulièrement le dimanche. Des missons spéciales de prédication, appelées 'campagnes divisionnaires', se sont multipliées, engendrant nombre d'arrestations au motif de colportage sans autorisation, trouble à l'ordre public ou violation des lois sur le sabbat dominical. De ce fait, un personnel juridique a été spécialement constitué afin de faire valoir les intérêts des fidèles devant les tribunaux des États-Unis et du Canada, notamment sur les questions relatives à l'évangélisation et à la non-participation aux cérémonies nationalistes. Ces batailles légales souvent remportées ont eu pour conséquence d'améliorer de façon significative le droit à la liberté d'expression et de religion dans ces deux pays. Dès les années 1930, l'accent a été mis sur le fait de dénoncer la fausse religion, notamment grâce au livre Ennemis, publié en 1937.

* Dates prophétiques. Après l'échec de la prophétie de 1925, plus aucune date n'a été suggérée dans l'immédiat, mais Har-Maguédôn a toujours été présenté comme étant imminent. De 1925 à 1933, les croyances eschatologiques de l'Église ont subi des changements radicaux : l'année 1914 a désormais été considérée comme marquant le début de la présence du Christ, de son intronisation comme roi et du début des 'derniers jours' au lieu d'être perçue comme la date finale de la chronologie biblique. La résurrection des oints a été déplacée de 1878 à 1918 et l'enseignement du jugement divin des religions a été reporté à 1919[71]. Ces enseignements concernant 1914, 1918 et 1919 font toujours partie du credo officiel de l'Église ; en revanche, les dates de 1799, 1874 et 1878 n'ont plus pour elle aucune signification eschatologique.

* Attente du retour des patriarches. En 1929, une grande villa d'une dizaine de pièces[72] appelée Beth-Sarim fut construite grâce aux offrandes des fidèles en Californie afin d'accueillir les patriarches de l'Ancien Testament[73] ; cette attente ne s'étant pas réalisée, Rutherford y vécut, avant que la Société Watchtower ne décide de la vendre après la mort de ce dernier.

Des Étudiants de la Bible aux Témoins de Jéhovah


D'un point de vue doctrinal, comportemental et organisationel, le mouvement a connu de nombreux changements à cette période

  • * Fêtes et croix. Durant les années 1920 et 1930, l'Église a cessé de célébrer les fêtes de Noël (en 1926) et des anniversaires de naissance, rejeté la croix comme symbole chrétien (en 1936) et abandonné la pyramidologie auparavant utilisée par Russell (en 1929)[74]. Le mouvement s'est aussi opposé à la fête des Mères considérée comme une idôlatrie.
  • * Exclusivité du salut. À partir de 1925, le mouvement s'est radicalisé en expliquant que désormais tout individu appartient soit à l'organisation de Jéhovah (les fidèles de la Société Watchtower), soit à celle de Satan
  • * Fin du Comité de rédaction. Le Comité de rédaction a été congédié en 1931[76] par Rutherford qui l'avait déjà remplacé à partir de 1925
  • * Nouveau nom. Le 26 juillet 1931, Rutherford a présenté une résolution à une assemblée de Columbus, dans l'Ohio : dans le discours intitulé "Un nouveau nom", il a proposé que le groupe adopte le nom de Témoins de Jéhovah, nom basé sur Isaïe 43:10-12. De ce fait, les Étudiants de la Bible restés fidèles à la Société Watchtower se sont dès lors différenciés des Étudiants de la Bible restés plus fidèles à l'enseignement de Russell.
  • * Identification de la « grande foule ». En 1935, lors de l'assemblée du 30 mai au 3 juin, la « grande foule » mentionnée en Révélation 7:9-17 a été identifiée comme une classe d'humains qui doivent se faire baptiser et être aussi fidèles que les oints, et cela en vue d'une espérance de vie éternelle sur la terre. Suite à cet éclaircissement fut publié en 1936 le livre Richesses
  • * Refus du salut du drapeau. Rutherford a aussi enseigné, dans un discours radiodiffusé le 6 octobre 1935, que le salut du drapeau était « contraire au commandement divin »[79], ce qui a entraîné une vague de persécutions aux États-Unis contre des Témoins pendant leur prédication ainsi que l'expulsion des écoles d'État des enfants de fidèles.
  • * Dénonciation des autres religions. Connu pour sa rhétorique audacieuce et sa personnalité fortement autoritaire, Rutherford a inventé l'expression « la religion est un piège et une escroquerie », dénonçant fortement l'Église catholique et la chrétienté en général, le judaïsme moderne, et les gouvernements nationaux. Il s'est aussi opposé à la Société des Nations et à la prohibition. Il a aussi vigoureusement dénoncé le clergé catholique qu'il a qualifié de « bande d'aigrefins »
  • * Engagement des enfants. Le 16 juin 1941, tous les parents Témoins de Jéhovah se virent rappeler par lettre l'engagement que les enfants doivent avoir dans l'organisation[83]. Le 10 août de cette année fut instituée comme journée des enfants lors de l'assemblée de district à Saint Louis (du 6 au 10), au cours de laquelle Rutherford prononça un discours titré "Les enfants du Roi" et annonca la parution du livre Enfants. Les 15 000 enfants présents adoptèrent par acclamation une résolution considérée comme une « déclaration de guerre contre les ennemis de la Théocratie » censée démontrer « qu'ils étaient pleinement consacrés au Seigneur et étaient prêts à le servir à partir de maintenant ». À partir de ce moment, les enfants ont été encouragés à s'impliquer dans l'activité de prédication
Sous Rutherford, les Témoins de Jéhovah se sont développés d'environ 44 000 en 1928 à 115 000 au moment de sa mort en 1942. Néanmois, jusqu'à 1928, l'assistance avait diminué de près de 75 % par rapport à 1922, en raison des luttes internes à la tête de l'organisation et des prévisions non atteintes en ce qui concerne l'année 1925.

Sous le régime nazi


Article détaillé : Témoins de Jéhovah sous le IIIème Reich.

En Allemagne, en 1933, les Témoins de Jéhovah envoyèrent une Déclaration de Faits au Chancelier du Reich, lettre rédigée par les dirigeants tant américains qu'allemands pour obtenir l'annulation de l'interdiction les frappant en Saxe, Bade et Bavière. Ce document est considéré par certains comme étant une recherche de conciliation idéologique maladroite de la part des Témoins de Jéhovah qui, de leur côté, récusent cette interprétation. Dans cette déclaration, les auteurs déclarent qu'« il n'y a jamais eu le moindre argent de juifs qui a contribué à notre œuvre », « les juifs ont complètement rejeté Jésus Christ et nient avec emphase qu'il est le Sauveur du monde envoyé par Dieu pour le bien de l'humanité » et que « cela est une preuve suffisante pour montrer que nous ne recevons pas de soutien des juifs », puis stigmatisent pêle-mêle l'empire Anglo-américain, la Société des Nations, le Big-business, les catholiques et les juifs de New York et déclarent être d'« ardents défenseurs » des « buts et idéaux moraux élevés promulgués par le gouvernement national du Reich allemand », en ce qui concerne les injustices commises envers le Peuple allemand et la relation sainte et élevée avec Dieu. Malgré cela, les Témoins de Jéhovah subirent des persécutions à cause de leur refus de prêter serment à Hitler, de faire le salut nazi, ainsi que de porter les armes. Le 7 octobre 1934, toutes les congrégations d'Allemagne envoyèrent une lettre au gouvernement nazi pour le convaincre de leur neutralité politique. À partir d'octobre 1934, la direction ayant décidé de lutter frontalement contre le régime par la distribution de littérature le mettant en cause ouvertement, les persécutions redoublèrent d'intensité, et prirent différentes formes : interdictions, arrestations, internements, emprisonnements et déportations. Si une bonne moitié des Témoins de Jéhovah allemands, selon les derniers chiffres de 1933, ne souhaitèrent pas suivre leur hiérarchie dans ce combat à mort contre Hitler, environ 10 000 Témoins de Jéhovah allemands et européens auraient connu la prison ou les camps de concentration, 1 200 seraient morts dans les camps dont 250 par exécution (le site United States Holocaust Memorial Museum parle de 2 500 à 5 000 morts en tout dont 200 par exécution). Dans les camps de concentration, le triangle violet était le signe distinctif imposé par l'administration carcérale nazie.

L'accroissement avec Knorr, de 1942 à 1975


knorr Suite à une réunion des deux Conseils d'administration le 13 janvier 1942, Nathan Homer Knorr, membre du Béthel de Brooklyn depuis 1923, fut élu nouveau président de la Société Watchtower. Hayden Covington, avocat du mouvement, a été élu vice-président, avant de céder sa place à Frederick William Franz le 5 octobre 1945.

Changements organisationnels


Connu en tant qu'administrateur efficace, Knorr a fondé en 1943 l'École du ministère théocratique pour former l'ensemble des fidèles à la prédication et l'enseignement ; à cet effet, la brochure Cours pour le ministère théocratique est parue lors de l'assemblée "Appel à l'action", tenue aux États-Unis les 17 et 18 avril. Cette école est actuellement dirigée chaque semaine à l'intérieur de toutes les congrégations. Proposée lors de la réunion commune des Conseils d'administration du 24 septembre 1942, l'École de Guilead est entrée en vigueur le 1er février 1943, ayant pour fonction pour former en vingt semaines des missionnaires. Elle s'est d'abord tenue à la Ferme du Béthel, à South Lansing, dans l'État de New York. Albert Schoeder, futur membre du Collège Central, était alors secrétaire de cette école et a dirigé le comité organisateur. L'École du ministère du Royaume, située à South Lansing, a également été instituée, le 9 mars 1959, afin de former les surveillants dans les congrégations.

Afin de se rendre compte des besoins des filiales dans différents pays, Knorr a effectué de nombreux voyages à travers le monde de 1945 à 1956 qui ont été relatés dans La Tour de garde. Toutefois, à partir de 1956, des surveillants de filiales expérimentés ont été nommés serviteurs de zone (actuellement surveillants de zone) afin répartir les tâches de visite aux filiales et maisons de missionnaires. À partir du 1er octobre 1972, les congrégations n'ont plus été dirigées par un seul surveillant, mais par un collège d'anciens, bien que l'un d'entre eux serait le président, et les candidatures aux fonctions d'anciens et d'assistants ministériels (appelés Serviteurs ministériels à l'époque) étaient désormais soumises au préalable à la Société. Le 6 septembre 1971, il a été convenu que chaque membre du Collège Central présiderait la Société Watchtower à tour de rôle suivant l'ordre alphabétique.

Par ailleurs, des publications, comme les livres Équipés pour toute bonne œuvre et Que Dieu soit reconnu pour vrai ! en 1946, Éprouvez toutes choses en 1953, Du paradis perdu au paradis reconquis en 1958, Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile en 1963, ont été éditées pour équiper les fidèles à l'enseignement biblique. Dès le 1er septembre 1953, un programme de formation dans la prédication a été entrepris dans les congrégations. Vice-président de Knorr, Frederick William Franz est devenu le principal théologien, et a sans doute été le principal traducteur de la Traduction du Monde Nouveau, d'abord parue en partie (Nouveau Testament) en anglais courant en 1950. À la même époque ont été édités la King James version en anglais (Bible du roi Jacques), une version interlinéaire grec-anglais du Nouveau Testament (The Kingdom Interlinear Translation of the Greek Scriptures) et un dictionnaire biblique (Auxiliaire pour une meilleure intelligence de la Bible). En 1968 a été publié le livre La vérité qui conduit à la vie éternelle destiné à servir de manuel d'étude pour inciter les personnes fréquentant les Témoins de Jéhovah à s'engager par le baptême.

Progression des effectifs


Sous la direction de Knorr, les effectifs ont connu une progression importante du nombre de Témoins de Jéhovah en France et dans le monde entier. En 1947, la moyenne des proclamateurs en France est de 2 184 (181 071 dans le monde), 30 ans plus tard en 1977 lors de son décès cette même moyenne s'établit à 64 549 (2 117 194 dans le monde). Toutefois, durant la révolution sexuelle des années 60, plusieurs milliers de Témoins furent exclus du mouvement chaque année.

Le nombre de filiales est passé de 25 en 1942 à 97 en 1976. De même, l'assistance aux assemblées a considérablement augmenté : par exemple, l'assemblée "Accroissement de la théocratie" tenue du 30 juillet au 6 août 1950 au Yankee Stadium de New York a réuni l'assistance record à l'époque de 123 000 ; celle nommée "La volonté divine" organisée du 27 juillet au 3 août 1958 a rassemblé 253 922 assistants.

La prédiction de 1975


Après l'échec de la prophétie de 1925, Har-Maguédôn avait quand même toujours été présenté comme étant imminent; mais ce n'est que vers 1966 que l'organisation se risqua à nouveau à calculer une date. Pendant les années 1960 et le début des années 1970, beaucoup de références sont apparues dans les publications et lors des assemblées suggérant que le règne millénaire du Christ commencerait d'ici 1975, année marquant les 6 000 ans de la création de l'homme selon la compréhension biblique de la Société Watchtower. À l'approche de cette date, les fidèles ont été encouragés plus que jamais à s'investir davantage dans l'activité de prédication et à renoncer à une carrière dans le monde profane. Bien que l'échéance de l'année 1975 eût été avancée avec plus de prudence, la ferveur des fidèles redoubla, amenant un prosélytisme accru et le refus de tout compromis. Les Témoins de Jéhovah subirent alors de nouvelles persécutions, dont une terrible au Malawi.

L'échec de la prédiction 1975 amena une nouvelle crise; de plus, à la même époque, une tentative du Collège central de régenter la vie sexuelle des couples mariés entraina d'autres départs et excommunications. Sur un total de plus de deux millions de Témoins de Jéhovah, 95 000 quittent le mouvement entre 1973 et 1975, et 551 000 de 1975 à 1979. Dans les cinq années qui ont suivi 1975, environ 20% des fidèles ont quitté le mouvement ou sont devenus inactifs. Cette crise toucha les instances dirigeantes; une réforme interne donna en 1976 l'essentiel des pouvoirs au Collège Central, le président n'ayant plus qu'un rôle administratif sur la société Watchtower, elle même ramenée à son rôle d'entité commerciale.
Le Collège Central, de 1976 à aujourd'hui


Crise de conscience


Quand Knorr meurt en 1977, Frederick Franz lui succède avec un pouvoir limité.



Au sein même du collège Central, la doctrine est alors remise en cause, non seulement sur les éléments qui ont amené à avancer de la date de 1975, mais aussi sur les principes selon lesquels il y aurait deux classes d'élus, la grande foule et les oints, ainsi que sur l'importance de la date de 1914, dont la génération devrait voir l'Harmaguédon. Raymond Franz, neveu du président et lui même membre du collège Central, est impliqué dans ces désaccords et démissionne avant d'être exclu en 1981. Selon l'historien Bernard Blandre, environ 13 000 personnes seront exclues dans l'épuration qui suivra, mais celle-ci n'entraina pas de nouvelle dissidence, et dès 1982-1985 le mouvement reprend sa croissance. L'idée que la génération de 1914 devait connaître l'Harmaguedon fut abandonnée en 1995.

- source wikipedia









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