Loricae : les prières «contre» Dieu
Chez les moines celtes, la prière, qu'elle soit commune ou individuelle, était fondée sur la récitation des Psaumes. Chaque moine apprenait les Psaumes par coeur et devait en principe les réciter en entier tous les jours. Les prières étaient accompagnées de prostrations et de génuflexions. Mais il semble que ce sont des prières privées, nommées loricae en latin, qui soient les plus intéressantes à observer.

En effet, ces loricae n'ont rien de commun avec les prières rituelles en usage dans l'ensemble de la chrétienté. Ce sont des sortes de litanies composées d'invocations répétées selon un certain rythme. Le point de départ est une formule toute faite et apprise par coeur, mais le développement de la prière elle-même est une authentique improvisation où l'imagination se donne libre cours. Nous connaissons certaines de ces loricae: elles sont assez surprenantes par leur tonalité, par leur sensibilité. L'âme de l'orant s'abandonne sans retenue à sa foi, à son mysticisme, et cela dans un langage emphatique qui emprunte beaucoup à la poésie lyrique et épique. La méthode semble calquée sur celle des bardes qui, à partir de quelques vers mémorisés d'une façon définitive, brodaient sur le thème et racontaient de vastes épopées sur les héros de l'ancien temps. L'analogie est si frappante qu'il ne faut pas douter de l'influence exercée sur les moines chrétiens d'Irlande et de Bretagne par la tradition ancestrale épique.

Ces loricae ont également un aspect magique. Ce sont réellement des incantations. Plus que des prières au sens romain du terme, c'est-à-dire des méditations, ce sont avant tout des charmes destinés à fléchir la volonté de Dieu et lui faire accomplir les actions qu'on lui demande. Il y a dans ces loricae quelque chose de commun avec le redoutable geis celtique, cette incantation magique qu'on lançait parfois sur quelqu'un et dont le caractère était obligatoire sous peine de mort, de honte ou de rejet de la communauté. Par certains aspects, ces loricae sont en fait des prières contre Dieu. Encore une fois, nous retrouvons, à travers cette pratique, le souci des moines celtes d'être avant tout des héros capables, par le dépassement et la force intérieure, de modifier le destin. L'idée n'est pas chrétienne. Il ne s'agit pas de soumission à la volonté divine: au contraire, le but recherché est de soumettre Dieu à la volonté humaine. C'est un thème qui est de toute évidence druidique, et que l'on retrouve dans la pensée d'un Pélage, pour qui, seule la volonté pouvait permettre à l'homme de se sauver.

D'ailleurs, ces loricae, comme le fameux «jeûne contre Dieu» de Patrick et des grands saints irlandais, ont des affinités avec des rituels magiques en usage dans le chamanisme. Ces loricae remontent très loin dans la préhistoire des Celtes. Et elles ont survécu dans des formules liturgiques, les litanies notamment, ainsi que dans des prières populaires. Comme on leur a attribué des vertus particulières à différentes époques, et qu'elles ont été rejetées par le clergé officiel, elles ont été récupérées bien souvent par les sorciers de village et par les guérisseurs de toutes sortes, lesquels affirment toujours, même à notre époque, que leur pouvoir de guérison provient d'une formule qu'ils récitent en «touchant» le malade, formule bien entendu secrète et qu'ils ne transmettent qu'à un successeur désigné ou choisi par eux.

- Jean Markale


Mt.6:7 En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles, ils seront exaucés. 8 Ne leur ressemblez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

1Jn.5:14 Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. 15 Et si nous savons qu'il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée.

Manifestement, les moines celtes et les catholiques qui les ont imité par après avec leurs litanies ont mis en oubli cet avertissement de Jésus. Il est tout à fait prétentieux de penser faire fléchir Dieu à force de lui répéter sans cesse les mêmes choses, il n'est tout de même pas le juge inique de la parabole.

Plutôt, l'attitude du chrétien dans la prière est celle qu'avait Jésus, qui était prêt à mettre sa volonté de côté pour faire celle de son Père.

- Le Webmestre










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Nous sommes samedi 25 février 2017