Section VIII 556-588 - Les fondements de la religion chrétienne
Pascal, Blaise, 556

La religion chrétienne qui consiste proprement au mystère du Rédempteur, qui, unissant en lui les deux natures, humaine et divine, a retiré les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu en sa personne divine.

Jésus-Christ est l'objet de tout, et le centre où tout tend. Qui le connaît, connaît la raison des choses.

On peut donc bien connaître Dieu sans sa misère, et sa misère sans Dieu; mais on ne peut connaître Jésus-Christ sans connaître tout ensemble et Dieu et sa misère.

Et c'est pourquoi je n'entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou l'existence de Dieu, ou la Trinité, ou l'immortalité de l'âme, ni aucune des choses de cette nature; non seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. Quand un homme serait persuadé que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles, et dépendantes d'une première vérité en qui elles subsistent, et qu'on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avancé pour son salut.

Le Dieu des Chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de l'ordre des éléments; c'est la part des païens et des épicuriens.

Il ne consiste pas seulement en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suite d'années à ceux qui l'adorent; c'est la portion des juifs.

Mais le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu des Chrétiens, est un Dieu d'amour et de consolation, c'est un Dieu qui remplit l'âme et le coeur de ceux qu'il possède, c'est un Dieu qui leur fait sentir intérieurement leur misère, et sa miséricorde infinie, qui s'unit au fond de leur âme; qui la remplit d'humilité, de joie, de confiance, d'amour.

Pascal, Blaise, 557

Il est vrai que Dieu se cache à ceux qui le tentent, et qu'il se découvre à ceux qui le cherche.

Brunschvicg: Il est facile de tirer de cette pensée le sens précis de la distinction que Pascal établit entre tenter Dieu et chercher Dieu. Le tenter, c'est vouloir que Dieu se révèle à nous, en vertu de notre propre mérite, parce que la connaissance nous serait naturellement due; le chercher, c'est demander à la prière plutôt qu'à la raison la connaissance de Dieu, c'est se faire petit enfant et croire avec humilité. tenter, c'est réclamer de la justice divine ce que la grâce seule peut donner à ceux qui cherchent.

Pascal, Blaise, 560

Nous ne concevons ni l'état glorieux d'Adam, ni la nature de son péché, ni la transmission qui s'en est faite en nous, Ce sont des choses qui se sont passées dans l'état d'une nature toute différente de la nôtre, et qui passent l'état de notre capacité présente.

Brunschvicg: Ces choses font l'objet propre de l'Augustinus de Jansénius.

Pascal, Blaise, 560

Tout cela nous est inutile à savoir pour s'en sortir; et tout ce qu'il nous importe de connaître est que nous sommes misérables, corrompus, séparés de Dieu, mais rachetés par Jésus-Christ.

Pascal, Blaise, 564

Les prophéties, les miracles mêmes et les preuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants. Mais ils le sont aussi de telle sorte qu'on ne peut pas dire que ce soit être sans raison que de les croire. Ainsi il y a de l'évidence et de l'obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais l'évidence est telle, qu'elle surpasse, ou égale, pour le moins, l'évidence du contraire; de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne pas la suivre; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence et la malice du coeur.

Pascal, Blaise, 566

On n'entend rien aux ouvrages de Dieu, si on ne prend pour principe qu'il a voulu aveugler les uns, et éclairer les autres.

Le webmestre: les uns; les orgueilleux, les autres: les humbles, Lu.10:21, Ja.4:6 et les orgueilleux, Dieu les aveugle seulement quand ceux-ci refusent de se laisser humilier comme les humbles qui sont de anciens orgueilleux humiliés. Ps.107:10-22, Ps.119:67, La.3:33, Pr.16:4, Ec.7:14, Ja.4:8-10

Pascal, Blaise, 568

Les prophéties citées dans l'Évangile, vous croyez qu'elles sont rapportées pour vous faire croire? Non, c'est pour vous éloigner de croire.

Brunschvicg: C'est l'argument suprême que Pascal oppose aux objections des incrédules opiniâtres: Dieu veut vous aveugler; l'Écriture doit être telle que, claire pour les élus, elle rebute les réprouvés par son obscurité.

Pascal, Blaise, 571

Quand les biens sont promis en abondance, qui les empêchait d'entendre les véritables biens, sinon leur cupidité, qui déterminait ce sens aux biens de la terre? Mais ceux qui n'avaient de bien qu'en Dieu les rapportaient uniquement à Dieu.

La cupidité use de Dieu et jouit du monde; et la charité, au contraire.

Les créatures, quoique bonnes, sont ennemies des justes, quand elles les détournent de Dieu.

Pascal, Blaise, 575

Tout tourne en bien pour les élus, jusqu'aux obscurités de l'Écriture; car ils les honorent, à cause des clartés divines. Et tout tourne au mal pour les autres; car ils les blasphèment, à cause des obscurités qu'ils n'entendent pas.

Pascal, Blaise, 578

Il y a assez de clarté pour éclairer les élus et assez d'obscurité pour les humilier. il y a assez d'obscurité pour aveuglés les réprouvés et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables. Cp. Augustin, chez Montaigne, apologie de Raymond Sebond.

Pascal, Blaise, 579

Dieu (et les apôtres), prévoyant que les semences d'orgueil feraient naître les hérésies, et ne voulant pas leur donner occasion de naître par des termes propres, a mis dans l'Écriture et les prières de l'Église des mots et des sentences contraires pour produire leurs fruits dans le temps.

Brunschvicg: Pascal attribue l'hérésie à la considération d'une seule vérité, à l'exclusion de la vérité opposée.

Pascal, Blaise, 580

La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts, pour montrer qu'elle n'en est que l'image.

Pascal, Blaise, 581

Dieu veut plus disposer la volonté que l'esprit. La clarté parfaite servirait à l'esprit et nuirait à la volonté.

Pascal, Blaise, 582

On se fait une idole de la vérité même; car la vérité hors de la charité n'est pas Dieu, et est son image et une idole, qu'il ne faut point aimer, ni adorer, et encore moins faut-il aimer ou adorer son contraire, qui est le mensonge.

Pascal, Blaise, 583

Les malins sont des gens qui connaissent la vérité, mais qui ne la soutiennent qu'autant que leur intérêt s'y rencontre; mais, hors de là, ils l'abandonnent.

Pascal, Blaise, 584

Le monde subsiste pour exercer miséricorde et jugement, non pas comme si les hommes y étaient sortant des mains de Dieu, mais comme ennemis de Dieu, auxquels il donne, par grâce, assez de lumière pour revenir, s'ils veulent le chercher et le suivre, mais (aussi assez de lumière) pour les punir, s'ils refusent de le chercher ou de le suivre.

Brunschvicg: C'est là le dogme fondamental du jansénisme, opposé aux théories pélagiennes. L'homme n'est pas dans l'état de nature, indifférent au bien ou au mal; il est naturellement coupable; la grâce est un miracle de la miséricorde divine, et le salut une exception au cours ordinaire des choses.

Pascal, Blaise, 586

S'il n'y avait point d'obscurité, l'homme ne sentirait point sa corruption: s'il n'y avait point de lumière, l'homme n'espérerait point de remède. Ainsi, il est non seulement juste, mais utile pour nous, que Dieu soit caché en partie, et découvert en partie, puisqu'il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître Dieu.

Pascal, Blaise, 588

Notre religion est sage et folle. Sage, parce qu'elle est la plus savante, et la plus fondée en miracles, prophéties, etc. Folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire, c'est la croix, ne evacuata sit crux 1Co.1:17. Et ainsi, saint Paul, qui est venu en sagesse et en signes, dit qu'il n'est venu ni en sagesse ni en signes: car il venait pour convertir. Mais ceux qui ne viennent que pour convaincre peuvent dire qu'ils viennent en sagesse et signes. 1Co.1:22.










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