Section X 642-692 - Les figuratifs
Pascal, Blaise, 643

Es.51 La mer Rouge, image de la Rédemption. Dieu voulant faire paraître qu'il pouvait former un peuple saint d'une sainteté invisible et le remplir d'une gloire éternelle, a fait des choses visibles. Comme la nature est une image de la grâce, il a fait dans les biens de la nature ce qu'il devait faire dans ceux de la grâce, afin qu'on jugeât qu'il pouvait faire l'invisible, puisqu'il faisait bien le visible.

Même la grâce n'est que la figure de la gloire, car elle n'est pas la dernière fin. Elle a été figurée par la loi et figure elle-même la gloire: mais elle en est la figure, et le principe ou la cause.

La vie ordinaire des hommes est semblable à celle des saints. Ils recherchent tous leur satisfaction, et ne diffèrent qu'en l'objet où ils la placent; ils appellent leurs ennemis ceux qui les en empêchent, etc. Dieu a donc montré le pouvoir qu'il a de donner les biens invisibles, par celui qu'il a montré qu'il avait sur les visibles.

Le webmestre: Comme dans l'exemple de Jésus qui pardonnait les péchés au paralytique.

Pascal, Blaise, 648

Deux erreurs: 1° prendre tout littéralement. 2° prendre tout spirituellement.

Pascal, Blaise, 650

Il y a des figures claires et démonstratives, mais il y en a d'autres qui semblent un peu tirées par les cheveux et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs.

Pascal, Blaise, 654

Dieu peut tout hormis les choses auxquelles s'il le pouvait il ne serait pas tout-puissant, comme mourir, être trompé, et mentir, etc.

Plusieurs Évangélistes pour la confirmation de la vérité: leur dissemblance utile.

Pascal, Blaise, 659

Pour entendre le sens d'un auteur...

Brunschvicg: Les autres fragments permettent de suppléer à cette lacune: il faut concilier les passages contradictoires par une raison supérieure qui les explique à la fois. L'exégèse de Pascal a un double caractère: elle est fondée à la fois sur des principes d'ordre spirituel, la valeur intrinsèque de la doctrine, et sur des principes d'ordre littéral, la critique des textes, exactement comme l'interprétation des miracles. La doctrine discerne soit les miracles, soit les figures: et les miracles ou les figures discernent la doctrine.

Pascal, Blaise, 660

La concupiscence est devenue naturelle, et a fait notre seconde nature. Ainsi il y a deux natures en nous: L'une bonne, l'autre mauvaise. Où est Dieu? où vous n'êtes pas, et le royaume de Dieu est dans vous.

Pascal, Blaise, 662

Les juifs charnels n'entendaient ni la grandeur ni l'abaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils l'ont méconnu dans sa grandeur prédite, comme quand il dit que le Messie sera seigneur de David, quoique son fils, qu'il est devant Abraham, et qu'il l'a vu; ils ne le croyaient pas si grand qu'il fût éternel et ils l'ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. «Le Messie, disaient-ils, demeure éternellement, celui-ci dit qu'il mourra.» Ils ne le croyaient donc ni mortel, ni éternel: ils ne cherchaient en lui qu'une grandeur charnelle.

Pascal, Blaise, 663

Rien n'est si semblable à la charité que la cupidité, et rien n'y est si contraire.

Brunschvicg: Rien n'est si semblable en tant que cupidité et charité sont deux formes d'amour, et qu'elles se manifestent ainsi de la même façon; mais rien n'est si contraire comme les objets de ces deux amours, l'un étant le moi, source de tout égoïsme et de tout péché, l'autre étant Dieu, qui est le souverain bien.

Pascal, Blaise, 666

Inimici Dei terram lingent: Les pécheurs lèchent la terre, c.à.d. aiment les plaisirs terrestres.

Pascal, Blaise, 668

On ne s'éloigne qu'en s'éloignant de la charité. Nos prières et nos vertus sont abominables devant Dieu, si elles ne sont pas les prières et vertus de Jésus-Christ. Et nos péchés ne seront jamais l'objet de la miséricorde mais de la justice de Dieu, s'ils ne sont les péchés de Jésus-Christ. Il a adopté nos péchés, et nous a admis à son alliance; car les vertus lui sont propres et les péchés lui sont étrangers; et les vertus nous sont étrangères et nos péchés nous sont propres.

Changeons la règle que nous avons prise jusqu'ici pour juger de ce qui est bon. Nous en avions pour règle notre volonté, prenons maintenant la volonté de Dieu: tout ce qu'il veut nous est bon et juste, tout ce qu'il ne veut pas, mauvais.

Tout ce que Dieu ne veut pas est défendu. Les péchés sont défendus par la déclaration générale que Dieu a faite, qu'il ne les voulait pas. Les autres choses qu'il a laissées sans défense générale, et qu'on appelle par cette raison permises, ne sont pas néanmoins toujours permises. Car quand Dieu en éloigne quelqu'une de nous, et que par l'événement, qui est une manifestation de la volonté de Dieu, il paraît que Dieu ne veut pas que nous ayons une chose, cela nous est défendu alors comme un péché, puisque la volonté de Dieu est que nous n'ayons non plus l'un que l'autre. il y a cette différence seule entre ces deux choses, qu'il est sûr que Dieu ne voudra jamais le péché, au lieu qu'il ne l'est pas qu'il ne voudra jamais l'autre. Mais tandis que Dieu ne la veut pas, nous devons la regarder comme péché; tandis que l'absence de la volonté de Dieu, qui est seule toute la bonté et toute la justice, la rend injuste et mauvaise.

Le webmestre: Donc, même une bonne chose, en dehors de la volonté de Dieu, devient un péché.

Pascal, Blaise, 670 Figures

Les juifs avaient vieilli dans ces pensées terrestres, que Dieu aimait leur père Abraham, sa chair et ce qui en sortait; que pour cela il les avait multipliés et distingués de tous les autres peuples, sans souffrir qu'ils s'y mélassent... et qu'il leur devait enfin envoyer le Messie pour les rendre maîtres de tout le monde.

L'unique objet de l'Écriture est la charité.

Dieu diversifie ainsi cet unique cet unique précepte de charité, pour satisfaire notre curiosité qui recherche toujours la diversité, par cette diversité qui nous mène toujours à notre unique nécessaire. Car une seule chose est nécessaire, et nous aimons la diversité; et Dieu satisfait à l'un et à l'autre par ces diversités, qui mènent au seul nécessaire.

Les juifs ont tant aimé les choses figurantes, et les ont si bien attendues, qu'ils ont méconnu la réalité, quand elle est venue dans le temps et en la manière prédite.

Et les chrétiens prennent même l'Eucharistie pour figure de la gloire où ils tendent.

Pascal, Blaise, 672 Pour formalistes

Quand saint Pierre et les apôtres délibèrent d'abolir la circoncision, où s'il s'agissait d'agir contre la loi de Dieu, ils ne consultèrent point les prophètes, mais simplement la réception du Saint-Esprit en la personne des incirconcis.

Ils jugent plus sûr que Dieu approuve ceux qu'il remplit de son Esprit, que non pas qu'il faille observer la loi. Ils savaient que la fin de la loi n'était que le Saint-Esprit; et qu'ainsi puisqu'on l'avait bien sans circoncision, elle n'était plus nécessaire.

Pascal, Blaise, 679

Il a fallu que le Christ ait souffert pour entrer dans sa gloire: «qu'il vaincrait la mort par sa mort».

Pascal, Blaise, 684 Contradiction

Pour entendre le sens d'un auteur, il faut accorder tous les passages contraires.

Ainsi, pour entendre l'Écriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s'accordent. Il ne suffit pas d'en avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants, mais d'en avoir un qui accorde les passages mêmes contraires.

Tout auteur a un sens auquel tous les passages s'accordent, ou il n'a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l'Écriture et des prophètes; ils avaient assurément trop de bon sens. Il faut donc en chercher un qui accorde toutes les contrariétés.

Le vrai sens n'est donc pas celui des juifs; mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.

Les juifs ne sauraient accorder la cessation de la royauté et principauté, prédite par Osée, avec la prophétie de Jacob.

Si on prend la loi, les sacrifices, et le royaume, pour réalités, on ne peut accorder tous les passages. Il faut donc par nécessité qu'ils ne soient que des figures. On ne saurait pas même accorder les passages d'un même auteur, ni d'un même livre, ni quelquefois d'un même chapitre, ce qui marque trop quel était le sens de l'auteur; comme quand Ezéchiel 20, dit qu'on vivra dans les commandements de Dieu et qu'on n'y vivra pas.

Pascal, Blaise, 685 Figures

Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu'elle plaise à Dieu et qu'elle ne lui déplaise point. S'ils sont figures, il faut qu'ils plaisent et déplaisent.

Or dans toute l'Écriture, ils plaisent et déplaisent.

Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité; tous peuvent être dits de la figure: donc ils ne sont pas dits de la réalité, amis de la figure.

Agum occisis est origine mundi Ap.13:8 juge sacrifium.

Brunschvicg: Ap.13:8 L'agneau a été tué dès le commencement du monde. C'est là le sacrifice éternel, dont le sacrifice ordonné dans la loi juive n'est que la figure.

Pascal, Blaise, 692

Il y en a qui voient bien qu'il n'y a pas d'autre ennemi de l'homme que la concupiscence, qui le détourne de Dieu et non pas Dieu; ni d'autre bien que Dieu et non pas une terre grasse.

Ceux qui cherchent Dieu de tout leur coeur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder, et d'ennemis que ceux qui les en détournent; qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis; qu'ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle: il y a un libérateur pour eux, je le leur ferai voir; je leur montrerai qu'il y a un Dieu pour eux; je ne le ferai pas voir aux autres. Je ferai voir qu'un Messie a été promis, qui délivrerait des ennemis; et qu'il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non des ennemis.

Brunschvicg: Il y a quelque embarras dans ce passage qui reflète en quelque sorte à l'état naissant la pensée ardente de Pascal. Cela tient à ce que le mot ennemis est pris tantôt dans le sens propre et tantôt dans le sens figuré. «ceux qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis». Les ennemis figurent ici les concupiscences. A la fin le mot ennemis, pris dans son sens propres, s'oppose à iniquités, ou ennemis spirituels. Tout le chapitre des Figuratifs devait mettre en lumière ce principe: l'Écriture, lettre close pour les charnels, est transparente pour ceux qui ont le coeur pur, car ils en pénètrent le sens spirituel.










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