Section I 001-059 - Pensées sur l'esprit et le style

Pascal, Blaise, 002

Il y a deux sortes d'esprits: l'une de pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes, et c'est l'esprit de justesse; l'autre de comprendre un grand nombre de principe sans les confondre, c'est là l'esprit de géométrie. L'un est force et droiture d'esprit, l'autre est amplitude d'esprit. Or l'un peut bien être sans l'autre, l'esprit pouvant être fort et étroit, pouvant être aussi ample et faible.

Pascal, Blaise, 007

A mesure qu'on a plus d'esprit, on trouve qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent pas de différence entre les hommes.

Pascal, Blaise, 009

Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui faire découvrir le côté par où elle est fausse.

Pascal, Blaise, 011

Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne; mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie. C'est une représentation si naturelle et si délicate des passions, qu'elle les émeut et les fait naître dans notre coeur, et surtout celle de l'amour; principalement lorsqu'on le représente fort chaste et fort honnête. Car plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées; sa violence plaît à notre amour-propre, qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets, que l'on voit si bien représentés; et l'on se fait en même temps une conscience fondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y voit, qui ôtent la crainte des âmes pures, qui s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté, d'aimer d'un amour qui leur semble si sage. Ainsi l'on s'en va de la comédie le coeur si rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l'amour, et l'âme et l'esprit si persuadés de son innocence, qu'on est tout préparé à recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher l'occasion de les faire naître dans le coeur de quelqu'un, pour recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l'on a vus si bien dépeints dans la comédie.

Pascal, Blaise, 012

Le docteur, qui parle un quart d'heure après avoir tout dit, tant il est plein de désir de dire.

Pascal, Blaise, 017

Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l'on veut aller.

Pascal, Blaise, 019

La dernière chose qu'on trouve en faisant un ouvrage, est de savoir celle qu'il faut mettre la première.

Le webmestre: James Braga disait aussi qu'on doit garder l'introduction pour la fin.

Pascal, Blaise, 022

Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau: la disposition des matières est nouvelle; quand on joue à la paume, c'est une même balle dont joue l'un et l'autre, mais l'un la place mieux.

J'aimerias autant qu'on me dit que je me suis servi des mots anciens. Et comme si les mêmes pensées ne formaient pas un autre corps de discours, par une disposition différente, aussi bien que les mêmes mots forment d'autres pensées par leur différente disposition!

Pascal, Blaise, 037

Puisqu'on ne peut être universel en sachant tout ce qui peut se savoir sur tout, il faut savoir (un) peu de tout. Car il est plus beau de savoir quelque chose de tout que de tout savoir d'une chose.

Cette universalité est la plus belle. Si on pouvait avoir les deux, encore mieux, mais s'il faut choisir, il faut choisir celle-là, et le monde le sent et le fait, car le monde est un bon juge souvent.

Pascal, Blaise, 043

Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent: «Mon livre, mon commentaire, mon histoire, etc.» Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue, et toujours un «chez moi» à la bouche.

Ils feraient mieux de dire: «Notre livre, notre commentaire, notre histoire, etc.» vu que d'ordinaire, il y a plus en cela du bien d'autrui que du leur.

Pascal, Blaise, 044

Voulez-vous qu'on croie du bien de vous? n'en dites pas.

Pascal, Blaise, 045

Les langues sont des chiffres, où non les lettres sont changées en lettres, mais les mots en mots, de sorte qu'une langue inconnue est déchiffrable.

Pascal, Blaise, 047

Il y en a qui parlent bien et qui n'écrivent pas bien. C'est que le lieu, l'assistance les échauffe, et tire de leur esprit plus qu'ils n'y trouvent sans cette chaleur.

Pascal, Blaise, 048

Quand dans un discours se trouvent des mots répétés et qu'essayant de les corriger, on les trouve si propres qu'on gâterait le discours, il faut les laisser, c'en est la marque; et c'est là la part de l'envie, qui est aveugle, et qui ne sait pas que cette répétition n'est pas faute en cet endroit; car il n'y a point de règle générale.

Pascal, Blaise, 049

pyrrhonien pour opiniâtre.

Pascal, Blaise, 057

Je me suis mal trouvé de ces compliments: «Je vous ai bien donné de la peine; Je crains de vous ennuyer; Je crains que cela soit trop long.» Ou on entraîne ou on irrite.

Pascal, Blaise, 060

Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre; elle se lassera plutôt que de concevoir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au -delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce coin détourné de la nature; et que de ce petit cachot où il se trouve, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même à son juste prix. Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? Mais pour lui présenter un autre prodige.










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