Le pouvoir du sport : tout le monde n'est pas d'accord


«Religion des temps modernes, née avec le capitalisme, le sport est tout sauf un jeu» analyse Michel Caillat, professeur de sociologie du sport à l'Université d'Orléans en France, auteur et membre du Mouvement critique du sport.

«La fonction essentielle du spectacle sportif est la manipulation des émotions de masse. C'est par le jeu des identifications collectives, de la contemplation dormitive d'exploits, qu'opère l'opium du peuple. Dans un refus de s'engager, le supporter sportif se crée un paradis artificiel à l'intérieur même d'une société qui le déçoit, ajoute Caillet. Le sport console, apaise, volatise la lutte des classes ; il est un briseur de soucis.»

Le dictateur Rafael Leonidas Trujillo Molina, qui a opprimé la République dominicaine de 1930 à 1961, croyait fortement au pouvoir du sport. C'est pourquoi il découragea les Américains, ses alliés, d'engager des joueurs de baseball dominicains dans les ligues majeures. Il voulait que ces as-joueurs restent au pays pour divertir son peuple.

«La force rassembleuse du hockey, les émotions qu'il suscite, la fierté et l'allégresse qui accompagnent la victoire, tout ça nous fait du bien ! Quand on ne gagne pas, on se désintéresse très vite.» C'est Suzanne Laberge, sociologue spécialisée en kinésiologie (science du sport) à l'Université de Montréal, anthropologue et titulaire d'une maîtrise en éducation physique, qui s'exprime ainsi.

Elle est formelle : le sport dans un pays libre et éduqué comme le nôtre, ne peut être qualifié d'opium du peuple. Au contraire, son effet mobilisateur et excitant nous stimule.

«C'est certain que lorsque nous sommes particulièrement bons et que nous vivons une étape intense, comme pendant les séries éliminatoires, cela nous distrait des choses sérieuses comme le scandale des commandites (le gouvernement canadien a donné des contrats bidons à des firmes de publicité proche du parti libéral - NDLR). Ça doit d'ailleurs faire l'affaire des politiciens, mais ici, personne ne contrôle ou manipule cette force mobilisatrice», explique Laberge. «La situation est toutefois différente dans des pays comme la russie ou la Chine, où les athlètes sont payés par l'État.»

Monelle Saindon
Journal de Montréal
Vendredi 9 avril 2004










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