La fraction du pain dans l'église primitive


« Ce que les Actes des Apôtres appellent la fraction du pain représente, dès le début de l’Église, l’élément central de sa vie liturgique. Emprunté à l’usage domestique juif, le rite, essentiellement communautaire, symbolise et cimente l’union fraternelle des participants. Jésus semble l’avoir pratiqué avec prédilection au milieu de ses disciples. Lors du dernier repas pris avec eux, il l’avait, de façon mystérieuse, mis en rapport avec sa mort imminente, faisant du pain rompu le symbole de son corps qui allait être livré et meurtri — c’est aussi, entre autres occasions, lors de repas en commun que le Ressuscité se manifeste à ses fidèles. Par la suite, chaque fois qu’ils répètent le geste familier, les chrétiens ressentent de façon particulièrement intense la présence invisible de leur Maître. Ainsi s’explique l’atmosphère de fervente allégresse qui entoure ce rite, rite d’action de grâces, Eucharistie. Car en même temps qu’un mémorial de la dernière Cène, c’est un rappel de tous les repas pris avec Jésus, mais aussi, et peut-être surtout, une anticipation du repas messianique auquel les disciples participeront avec lui dans la joie du Royaume, et qu’ils appellent de leurs vœux fervents.

Dans la perspective paulinienne, l’eucharistie offre par rapport à ce que nous pouvons saisir de la Cène primitive plusieurs traits originaux. Elle doit avant tout commémorer le dernier repas pris par Jésus avec ses disciples. Jésus l’a explicitement instituée à cette occasion, en donnant aux siens l’ordre de répéter le rite « en mémoire de moi ». Comme le geste alors accompli par le Maître l’est en rapport avec sa mort imminente, comme une sorte d’anticipation de son sacrifice rédempteur, c’est sa mort qui est ainsi figurée, de même qu’elle était annoncée par le sacrifice de l’agneau pascal, où la tradition chrétienne a vu l’image tout à la fois de la Cène et du Calvaire : « Le Christ, notre Pâque, a été immolé (…) Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez la coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. »

Mais il y a ici plus que mémorial et symbole, l’eucharistie est aussi non seulement le signe, mais l’instrument d’une communion mystique des fidèles entre eux et avec le Christ. Tout comme le baptême, mais de façon plus frappante encore, puisqu’il s’agit d’un rite collectif auquel participe toute l’assemblée, elle intègre les croyants à l’Église, corps du Christ : « Parce qu’il n’y a qu’un seul pain, à nous tous nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique. » Et encore : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ? » Ainsi, en consommant les espèces eucharistiques, le fidèle ne cimente pas seulement son union avec ses frères dans le « corps mystique » du Christ, qui est l’Église ; il s’assimile la substance spirituelle du Christ glorifie : « Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. (…) Celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation s’il n’y discerne le Corps. » Paul n’hésite pas à imputer à ces communions sacrilèges les cas de maladie et de mort qui se produisent dans l’Église. Les règles qu’il formule touchant les repas communautaires reflètent la préoccupation d’éviter de regrettables excès : « Dès qu’on est à table en effet, chacun, sans attendre, prend son repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. » Mais elles traduisent surtout la conviction que « le repas du Seigneur » se distingue fondamentalement même des agapes cultuelles sur lesquelles il se greffe ; et Paul est tenté de prescrire qu’il en soit dissocié : « Vous n’avez donc pas de maisons pour manger et boire ? (…) Si quelqu’un a faim qu’il mange chez lui, afin de ne pas vous réunir pour votre condamnation. » (ICo.10 et 11) »
- Marcel Simon, La Civilisation de l’Antiquité et le christianisme, coll. « Grandes civilisations », Arthaud, 1972.





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