Quand les mots sont les mêmes
mais la prononciation diffère
au point de les rendre difficile à saisir


Un jour, ma femme était à quelques pas de moi et me lance en me toisant : “T’as les jambes arquées !” Vous et moi et tous les lecteurs francophones comprennent que ma femme trouve que j’ai des jambes de cow-boy (à vous de juger sur cette photo prise à Douala). Mais à cause de la manière différente de prononcer certains mots, je dois lui avoir fait répéter 10 fois avant de finalement saisir ce qu’elle était en train de me dire !



Je comprenais “t’as les jambes a’quées”. Je me demandais, “voyons, j’ai des jambes de hockey, moi ?” J’avais beau me dire “non, non, ça ne doit pas être cela, elle ne pense sûrement pas au hockey, on est en Afrique et les gens ne jouent pas au hockey ici” mais je n’arrivais vraiment pas à comprendre ce qu’elle me disait, et elle qui me répétait patiemment et inlassablement la même phrase… elle est tellement gentille, - je digresse là, je le sais, supportez-le !



Bon, où en étais-je rendu ? Ce sourire me fait perdre mes moyens… Ah oui ! Finalement, j’ai saisi ce qu’elle me disait, je me suis exclamé “quand tu me dis que j’ai les jambes aaaaaarquées, tu veux me dire que j’ai les jambes arrrrrrqués !!!”

J’ai noté cette tendance – chez certains camerounais c’est plus accentuée que chez d’autres - à étirer un peu la voyelle et a quasiment escamoté le “r” qui suit dans certains mots, autres exemples, “partir” sonne à mes oreilles (je prends bien soin de préciser) comme “paaaa’tir” et “sortir” comme “soooo’tir” tandis que quand je prononce ces mots en faisant bien entendre le “r” – et je le fais plus que d’autres québécois – , cela sonne aux oreilles camerounaises comme si je disais “parrrrtir” et “sorrrrtir”.



Il y a bien d'autres mots qu'on prononce différemment. Par exemple, les camerounais dise «à moins» en prononçant le "s" (ça sonne «à moinsse») ce que nous ne faisons pas au Québec. Parfois c'est le contraire, comme le mot "pénis" où les camerounais ne prononcent pas le "s" alors qu'au Québec, on le prononce distnctement. D'ailleurs je me suis demandé au début de quoi ma femme parlait en faisant référence au «péni»... Pas de photo pour accompagner ! Selon les dialectes, au Québec, on prononce parfois le "t" alors qu'il est muet au Cameroun ; par exemple, on va dire le lit (prononcer litte), on va même rajouter un "t" où il n'y en a pas dans le mot ! Par exemple «icitte» pour «ici».

Je n’avais jamais entendu parler un camerounais avant d’entendre ma femme. Il est donc bien plus facile pour moi de lire les camerounais que de les entendre même si avec l’usage, je les fais répéter de moins en moins souvent quand on est seul à seul. Quand il y a du bruit ou que plusieurs parlent en même temps, il m’arrive presque de me demander si on parle la même langue tellement je ne parviens pas à suivre la conversation. À l’opposé, ma femme me fait très rarement répéter quand je m’applique à lui parler en français international. Parfois j’échappe un québécisme – elle en connaît maintenant “une bonne gang” (québécisme voulant dire “beaucoup”)… je te dis !

Il n’y a pas une bonne et une mauvaise façon de dire les choses, il y a juste des manières différentes de dire la même chose ! Le bon français, c’est celui qu’on comprend quand on se parle ;)










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Nous sommes mardi 24 janvier 2017