L'aumône
« Celui qui prend sur soi le fardeau de son prochain et qui, dans le domaine où il a quelque supériorité, veut en faire bénéficier un autre moins fortuné, celui qui donne libéralement à ceux qui en ont besoin les biens qu'il détient pour les avoir reçus de Dieu, devenant ainsi un dieu pour ceux qui les reçoivent, celui-là est un imitateur de Dieu. De même donc que ceux qui s'imaginent en dormant posséder de grandes richesses, fussent-ils alors les maîtres des trésors des rois, sont les plus pauvres de tous les hommes aussitôt que le jour vient à poindre; de même, dans la vie présente, celui qui ne peut rien emporter de ses richesses dans l'autre vie est le plus pauvre des hommes, quand bien même ici-bas il aurait possédé de grands biens, car il n'a été riche qu'en songe. Si donc vous voulez me montrer un véritable riche, montrez-le-moi lorsque le jour sera venu, lorsque nous serons entrés dans la patrie; car ici-bas, je ne puis distinguer un riche d'un pauvre. Nous n'avons point ici la réalité des choses, ce ne sont que des noms spécieux qui nous trompent. »
- Lettre à Diognète, vers 160 ap JC. Ci-dessous, extrait d'un sermon de Jean Chrysostome vers 380 ap JC sur l'aumône.
« Il en est qui donnent aux aveugles le nom de polubléponta, dont la vue est très étendue, bien que la réalité soit contraire à ce nom; ainsi je ne crains pas de dire que le nom de riche est porté ici-bas par ceux qui ne possèdent rien. C'est justement quand cet homme est riche d'après le langage ordinaire que je découvre sa grande pauvreté. En effet, s'il n'était dans la dernière indigence, il ne chercherait pas à amasser de si grandes richesses. On ne donnerait point à un aveugle le nom de polubléponta, c'est-à-dire qui voit beaucoup de choses, s'il n'avait perdu entièrement la vue; il en est de même pour le riche.

Laissons donc ces noms qui nous trompent, pour nous attacher à la vérité. En effet, la réalité des choses ne consiste pas dans les noms, mais c'est la nature des choses elles-mêmes qui leur assigne les noms qui sont conformes à leur essence. Vous appelez cet homme riche, il ne l'est pas en réalité. Et comment ne l'est-il pas, lui chez qui on voit regorger l'argent, l'or, les pierres précieuses, les riches vêtements, et tous les autres biens de la terre ? Parce que ce n'est ni l'or, ni les vêtements précieux, ni les richesses, mais l'aumône seule qui rend un homme vraiment riche : je ne vois là que de l'herbe, du bois, de la paille.

Dites-moi, en effet, quel vêtement sera capable de couvrir la nudité de celui qui se tiendra devant le Tribunal redoutable de Dieu ? C'est ce que craignait saint Paul quand il disait : «si toutefois nous sommes trouvés vêtus et non pas nus.» (2 Cor 5, 3.) Quelles richesses pourront l'arracher à de si grands dangers; quels serviteurs, quels palais, quelles pierres précieuses, pourront le garantir des châtiments qui lui sont infligés, quels bains pourront alors laver les souillures de ses péchés ? Jusques à quand donc vous séduirez-vous ainsi vous-même ? Jusques à quand fermerez-vous les yeux à la vérité pour rechercher ardemment de vains songes, alors que le jugement est si près, et qu'il est à votre porte ?

Je n'entends pas faire le procès aux richesses, comme je l'ai mille fois dit, mais seulement à ceux qui font d'une chose bonne un usage criminel. Les biens de ce monde, quand on y joint la vertu, sont une belle chose. Comment ? Parce qu'on s'en sert pour soulager l'indigence et relever le malheur. Écoutez le langage de Job : "J'étais l'oeil des aveugles, le pied des boiteux; j'étais le père des indigents." (Job 29,16) Voilà des richesses, mais exemptes de péché, consacrées par l'amour des pauvres. "Ma maison était ouverte à tout venant." (Ibid., 31,32) Voilà l'usage propre des richesses quand elles ne sont pas un vain nom, mais bien une réalité. La richesse alors est l'humble servante du riche; l'autre n'est qu'un fantôme trompeur; celle-ci a pour elle le nom et la vérité. Quelle est donc la richesse véritable ? celle qui devient l'instrument de la vertu, la matière de l'aumône. Comment cela ? Je vais le dire : Il est un riche qui vole à tous; il est un riche qui donne le sien aux pauvres : l'un amasse, l'autre répand; celui-là cultive la terre, celui-ci confie ses espérances au ciel. Autant donc le ciel l'emporte sur la terre, autant l'opulence du dernier l'emporte sur celle du premier. Le riche généreux a des amis sans nombre, le riche avare n'a que des accusateurs.

Non, je n'attaque pas les riches, je suis leur défenseur. Quand je parle de la sorte, je parle en votre faveur, bien que vous ne le sentiez pas. - Comment parlez-vous en ma faveur ? - Parce que je travaille à vous délivrer de vos péchés, à briser les chaînes de votre avarice, à faire de vous un objet d'estime et d'affection pour tous les hommes. » 


- Extraits de sermons par Jean Chrysostome sur l'aumône que vous pouvez lire au complet ici et










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